Une proximité contre-nature ?

La période abordée dans l’article sera précisée grâce à cette frise du plus bel effet. Ici, petit clin d’œil à Capitaine Caverne (créateurs : Joe Ruby et Ken Spears), vrai témoin de son temps.

Bien sûr, on n’est pas à l’abri de nouvelles découvertes et d’avoir de belles surprises, mais disons qu’on ne distinguera de « cuisine » qu’à partir du moment où les prémices d’une société se mettent en place.
Alors forcément, moi qui voulais remonter à la caverne, mon propos ne sera pas très riche sur cette période… Si on en profitait pour s’instruire et s’interroger dans la bonne humeur ?

L’Homme s’est toujours nourri, c’est d’une affligeante évidence, mais aux temps préhistoriques le repas était forcément cru et fonction des richesses qu’offraient la nature, les milieux, les saisons : cueillette, chasse, pêche, nature… le frigo durable à ciel ouvert.

Pour illustrer ce comportement alimentaire irréfléchi ancestral, je vous propose d’imaginer un parfait représentant de l’australopithèque parmi nos congénères contemporains, en action : un ado affamé*.

Phase Action observée Analyse
1 Ouverture du placard ou du frigo Surveillance d’un ennemi éventuel, compétences multi-tâches dans ce cas uniquement
2 Saisie tous azimuts de nourriture Quantité à discrétion, sic
3 Engloutissement du ou des aliments Ici, par manque de vocabulaire décent, aucun adjectif qualificatif relatif à la propreté, au bruit, à la bienséance
4 Remise en place des restes ou des paquets Souvent vides, ultime espoir fou que personne n’y verra rien, de toute façon, ce qu’il y a dans le paquet « ça repousse », c’est bien connu

Il n’imagine même pas qu’avant d’arriver dans son estomac il ait pu y avoir une quelconque interaction, impliquant des êtres vivants connus, des efforts, du temps, des caddies. Non, c’était là, point.
Vous l’avez l’image ? Australopithèque, sort de ce corps !

Bref, notre exemple a fonctionné, on entrevoit mieux nos premiers rapports à la nourriture.

Faisons maintenant un bond immense dans le temps pour arriver à -400 000 ans, le temps où monsieur Homo Erectus, pas peu fier, maîtrise le feu. Il sait maintenant le créer et le conserver, et bientôt l’utiliser dans beaucoup de domaines.

Le feu ça va changer nos vies, ça va même aider à la prolonger ! Ça réchauffe, ça protège, ça permet de manger une plus grande variété d’aliments.

Homo Erectus comprend très vite l’intérêt de cette nouvelle source d’énergie dans sa vie.
Qui dit nouveauté, dit buzz, alors les curieux s’approchent, une nouvelle organisation doit vite se mettre en place. Maintenant on se regroupe autour du feu, pour ne pas mourir, ni de froid, ni de faim, ni même de peur (ben oui, c’est beaucoup plus tard qu’il a la trouille dans sa caverne Platon).

Doit-on y voir les origines de la convivialité** ? Je n’en doute pas.

D’une proximité nécessaire car salvatrice, assurément. Ce vivre ensemble, autour du feu nous a obligés à nous « inter-domestiquer », à rester les uns pas trop loin des autres, enfin pas trop loin du feu, le seul intérêt à supporter des humains d’ailleurs…

Quoiqu’il en soit, le sociologue comptabilise encore aujourd’hui les « foyers » comme des groupes de personnes vivant ensemble sous un même toit, qu’elles soient membres d’une même famille ou pas. Il ne les compte pas en douches, en couches, en tables gigognes, non, en foyers.

La boucle est bouclée, le foyer, la chaleur, la cuisine, c’est la mise en place du groupe social.

Et qui dit organisation sociale dit par exemple classes, haut et bas de l’échelle. On verra des différences importantes dans le rapport à la cuisine en fonction des époques et du niveau social, avec des allers-retours intéressants, de la mauvaise foi, etc.
Ouah je tease !


*=18h/24, les 6 heures restantes il bave devant (ou sur) un écran.
** du latin conviva (vivre avec), ou convivialis (repas partagé).

6 réflexions au sujet de « Une proximité contre-nature ? »

  1. Ping : Chem cheminée, chem chem cheminée, chem chem chérie ! | De Coquina Rerum

  2. Ping : Ce soir c’est réveillon : the place to be, c’est en cuisine ! | De Coquina Rerum

  3. On remarquera dans la frise montrant l’évolution de l’Homme, l’évolution de l’homme, qui malgré sa lettre minuscule a néanmoins trouvé/pris sa place dans la cuisine. Je suis fier que l’homme « moderne » fasse mentir le dicton qui dit: le masculin de « debout dans la cuisine » est « assis dans le canapé »! J’en ai pour preuve un délicieux cheese cake que j’ai dégusté ce week-end. Merci au pâtissier.
    P.S. l’ustensile du cuisinier, c’est un fantasme?

  4. Cette article est riche, humoristique…enfin bref super ! L’ado est très bien représenté par l’australopithèque, je reconnais quelqu’un !
    Biz

  5. Oui, le « foyer » perdure comme unité sociologique… Jusqu’au milieu du XXe siècle, dans certaines contrées rurales de ma connaissance, on évoquait, pour tel ou tel village, le nombre de « feux »… Je ne saurais dire si « feu » doit être compris comme celui qui brûlait dans l’âtre, ou bien comme la « source de lumière » qui éclairait la demeure, car il n’y en avait guère plus d’une par maisonnée…

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